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Quelle ouverture pour les Fraternités Laïques de Saint Dominique

Fr. Rui Lopez o.p., Promoteur général du laîcat dominicain

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Voilà le thème qui m’a été proposé. J’avoue qui n’est pas facile pour moi parler a ce propos. Mais je pense qu’il faut bien le faire, je prie pourtant que l’Esprit nous aide a tous a discerner un chemin d’ouverture qui soit, en même temps un chemin de fidélité à votre vocation dominicaine, celle qu’on a hérité de nos anciens et en même temps fidélité a ce que l’Église, l’Ordre et le monde d’aujourd’hui espère.

Souvent on pense qu’ouverture est demandé parce que certaines fraternités vieillissent et on ne prend pas relève. L’ouverture ne peut pas avoir comme origine la peur et non plus doit être vue comme une opération de marketing pour attirer de nouveaux membres à nos fraternités. Rien de plus faux que présenter une fausse et extérieur vision des laïques faite simplement pour donner une visibilité qui ne correspond a ce que vous êtes appelés à vivre. Une ouverture qui ne soit pas fidèle a ce qu’est la vocation de laïques dominicains n’aide pas au renouveau.

L’ouverture est au centre de notre vocation

Essayons de préciser ce que j’entends par là. La vocation dominicaine naît de la rencontre et cette rencontre porte une attitude d’écoute. Dominique quand il se met en voyage avec son évêque pour les Marches ne pensait pas du tout fonder l’Ordre des Frères Prêcheurs. En arrivant a Toulouse il se met a l’écoute de l’hôtelier et prend toute une nuit pour parler avec lui et enfin le reconduire à l’Eglise. La découverte de l’appel de Dieu se fait à travers de ses multiples rencontres qu’il fait chemin faisant. La vocation dominicaine devient un processus qui ne finit jamais parce que nouvelles rencontres, avec nouveaux défis nous sont proposés à la mesure où l’on avance et on ouvre aux autres, sans trop de préjugés, le cœur et l’intelligence.

Il y a quelques jours j’ai écouté un très beau témoignage d’une sœur dominicaine qui nous parlait d’une rencontre eue dans un aéroport: une dame disait au revoir a une fille qui partait, ses yeux l’accompagnait de loin sans rien dire, la sœur a compris plus que c’était un dernier adieu, la dame était atteinte d’une grave maladie, serait vraiment la dernière avec sa fille, la conversation avec cette a été pour la sœur un moment précieux de témoignage e transformation. Nous tous nous avons tellement de rencontres importantes da nos vies et ces rencontres nous transforment et nous changent, ces rencontres clarifient de plus en plus le sens de notre vocation, nous proposent de nouvelles urgences, nous dévoilent de nouveaux horizons.

Pensons au B. Lataste, sa vocation de prédicateur changent au moment où il prêche dans une prison de femmes, où comprend qu’elles aussi sont se sœurs, capables de prier toute la nuit devant le Saint- Sacrement, après un jour de travail dure, comme des moniales dans quelconque monastère. Où la théologie du P. Congar, surtout sur le laicat ne portent-elle la marque de sa présence auprès de l’Action Catholique. On pourrait continuer à trouver beaucoup d’autres exemples où la vocation dominicaine s’ouvre à des nouveaux défis a cause des rencontres où l’appel de Dieu se fait concret.

La rencontre avec la Parole de Dieu

Peut-être j’aurais du commencer par là, mais ce que je viens de dire et ce que expose maintenaient ne font qu’une seule chose. Dominique s’est préparé longtemps pour son ministère même s’il ne savait pas encore tout ce qui serait sa mission dans l’Église, le temps d’étude a Palencia, la vie au chapitre d’Osma l’ont donné une proximité de la Parole de Dieu, de cette Parole de grâce et de miséricorde qu’il a su proposer a tous.

La prière d’écoute, prière où la parole nous interroge et nous propose des défis toujours nouveaux. La Parole de Dieu est une Parole vivante, si on laisse qu’elle prenne place dans notre cœur, comme Abraham, comme les prophètes, comme Marie nous serons interrogés, Dieu nous propose de nouveaux chemins, nous ouvre de nouvelles portes, nous envoie a des nouveaux champs pour jeter d’une nouvelle façon la semence de la Parole.

Dans le chemin d’ouverture que nous essayons de comprendre chaque fois un peu mieux, on doit se confronter avec le sérieux de notre vie spirituelle. Certes, je suis sur de la fidélité de beaucoup d’entre vous a la liturgie des heures, je ne m’en doute pas de la recherche de la Messe même en semaine… mais je me demande, aussi pour moi-même si notre prière nourrit un vrai et progressive changement dans nos vies. Je pense qu’une vraie vie spirituelle, pas chargée de trop de formules, mais qui nous permet de nous interroger sérieusement sur une fidélité créatrice et ouverte à des grandes questions sur le monde et sur la réponse que chaque jour le Seigneur nous demande est fondamentale dans notre vie.

Mes frères et sœurs pour finir cette première partie je conclurai en disant que le cœur de l’ouverture de chaque dominicain/dominicaine se joue dans cette façon personnelle dans laquelle nous nous ouvrons a Dieu et aux autres. On ne s’ouvre pas si on ne se laisse pas faire par les frères et avant tout par l’action de Dieu qui sans cesse, comme le dit le psaume, nous demande d’ouvrir notre cœur.

La vie de fraternité

Il y en a plus de 35 ans que je connais les fraternités laïques, encore elles portaient le nombre de Thiers Ordre. Dans ma Province elles étaient aidées par le frère Promoteur, un homme remarquable de gentillesse e de bonté. Le style des réunions était toujours le même : les prières, le rosaire, une réflexion spirituelle et c’était tout. Et cela a fait beaucoup de bien…

Je me demande : nos réunions sont-elles attractives ? Si quelqu’un vient chez-nous, invité dans une réunion qu’elle serait son impression ? La question que je pose n’à aucun préjudice, ne se connaît pas comment ça se passe dans vos réunions de fraternités. Je pense que la réunion de fraternité devait être un moment de partage de la Parole et de la vie. Je pense que la réunion d’une fraternité ne doit pas être un moment isolé dans la vie des frères et des sœurs. Chez nous frères devrait être la même chose, si on réduit la réunion a des moments qui n’on rien a voire avec la vie et l’apostolat de chacun, elle risque de devenir quelque chose étrange e hors de l’horizon concret de notre vie. Quelques fois on a la tentation, au moins dans certains locaux, d’aller à la réunion de la fraternité comme on va écouter une conférence savante. Combien de fois j’ai entendu dire que la réunion a été très bien parce que le frère promoteur a parlé d’un sujet très intéressant qui nous porte d’innombrables connaissances même si étranges à notre vie quotidienne.

Je suis depuis quelques années assistant d’un Institut Séculier, d’inspiration dominicaine, fondé un France. Bien sûre les membres ont un bulletin mensuel pour étudier, mais elles sont capables de le partager, d’établir un rapport entre l’Object de l’étude et la vie concrète.

La vie d’une fraternité doit être comme le rappelle de Maître de l’Ordre dans sa lettre pour cette année, une expérience d’Église. Nous tous savons bien que n’est pas suffisante une cette vision de vie ecclésiale qui se réduit à la célébration de la messe dominicale. Vivre en Église suppose accueillir et être accueillis, célébrer la foi et réfléchir, partager et prendre décision et être envoyé au nom de la communauté. Pour nous la lecture des Actes des Apôtres et toujours inspiratrice, on y trouve des communautés vivantes, où l’on se pose des questions, où ont choisi et on envoi des personnes pour des missions toujours nouvelles. Je poserais la question sur le dynamisme de nos fraternités, je pense bien que il faut constamment faire attention au dynamisme de la vie de la fraternité, seule une fraternité dynamique, et cela n’a rien a voire avec l’âge de ses membres, mais a la densité de vie qu’une fraternité peut témoigner. J’ai connu une fraternité où ses membres sont assez âgés et sans capacité de prendre en charge de nouveaux apostolats mais cette fraternité est vivante on y ressent le sens et le goût de la prière, ainsi que la tendresse vers l’Ordre.

Une dimension que j’ai a peine mentionnée est celle de l’envoie. Une des grandes difficultés de l’Ordre c’est l’individualisme parfois extrême de ses membres, dans tous les groupes de la famille dominicaine je trouve souvent un manque de sens d’appartenance. Dans un congrès où j’ai participé j’ai entendu une conférence qui avait ce titre très suggestif : «ta famille est bien plus grande que tu ne le juges».

Une grande ouverture d’une fraternité se fait par l’intégration, dans une communion et soutien mutuelle de la vie et surtout l’activité apostolique de chacun de ses membres. Nous le savons bien que l’Ordre est présente en chacun des ses membres, dans ce qu’il fait, dans sa présence au monde e à l’Église. Chaque engagement de chacun des membres est une fenêtre qui s’ouvre sur l’horizon du monde et de l’Église. La question que je pose est celle de l’intérêt, du soutien, de la communion dans la prière et de la communication sur l’apostolat spécifique de chacun des membres d’une fraternité. Je me pose une question préalable a toute autre ouverture qui est celle du dialogue et du partage dans la fraternité surtout au niveau de son objet primordiale : une communauté de prédication.

Bien sûre la communauté dominicaine a un horizon très beau a développer celui d’une communion profonde d’âme et cœur selon l’expression des Actes de Apôtres, cela veut dire une communion qui ne peut pas rester à un niveau superficielle, mais qui fondent un dynamisme apostolique. Dans une vision dominicaine l’apostolat naît d’une vie et d’un discernement communautaire. Une communauté chrétienne quelque qu’elle soit un l’on trouve un dynamisme de communion et d’envoi attire et interroge.

Une ouverture vraiment laicale

Il semble, d’après les études sur le début le l’Ordre de la Pénitence de Saint Dominique, selon le nom de la Règle de Munio de Zamora, que le ce mouvement a des racines laicales très profondes. Au long des siècles et jusqu’à une époque très récente on utilisait et on utilise encore des usages et des termes très religieux : changement de nom, prise d’habit, postulat noviciat, première profession, profession définitive, l’usage de frère ou sœur un en sens aussi très religieux était commun. Cela vient, sans doute, d’une vision avec le préjugé de l’état religieux comme celui d’une perfection supérieure. Plus on serait proche de cet état plus on serait proche de la perfection. Même sans l’accepter tel quelle cette mentalité perdure dans le temps et dans les mentalités.

La redécouverte du laicat comme un chemin véritable de sainteté, appuyé même dans notre famille par de nombreux exemples de sainteté de tant de laïcs, hommes et femmes nous ouvre à une toujours nouvelle compréhension de la vie et témoignage des laïcs dans la vie de l’Église. Certes le manque de prêtres et ministres ordonnés a amené l’Église a la découverte de nouveaux ministères, confinés au prêtres il y a peine quelques décades. Mais cela peut nous induire en erreur : on a besoins des laïcs parce qu’on a pas assez de prêtres.

En effet il faut sans cesse rechercher une façon de prêcher, de témoigner dans un style différent. Le Maître de l’Ordre dans sa lettre pour les laïcs de l’Ordre nous rappelait qu’il faut prêcher à partir de l’expérience et l’expérience différée selon le genre de vie. Qu’on cléricalise pas les laïcs, parfois je le soupçonne. La prédication d’un laïc doit emprunter la marque de sa vie, comme la mienne devait emprunter les marques d’une vie religieuse et communautaire, du ritme de prière et d’étude qu’elle devait sans cesse porter. Quelque fois on trouve un discours trop laicale dans un religieux et trop cléricale dans un laïc, comme dirait Saint François de Sales il y en a quelque chose qui ne va pas.

Pour en revenir à nos ouvertures je me pose la question sur le caractère laicale, vraiment laicale, de nos fraternités dans leur langage, dans leurs options apostoliques, dans la façon comme un prie et comme l’on discute les problèmes. Je vous pose la question du langage, des usages que l’on garde si elles sont adaptés a cette dimension séculière de vivre la vocation dominicaine qui est la votre, ne rien retirant ni au dynamisme apostolique ni a la dimension contemplative qui sont essentielles a note commune vocation.

Structure et ouvertures

J’ai souvent entendu, ici ou là qu’on aurait besoin de changer la Règle. Je ne partage pas cette opinion car je pense qu’elle est assez ouverte et aussi parce que cela nous obligerait a en demander la permission a la Congrégation de la Vie Consacrée a laquelle vous êtes soumis par votre appartenance a l’Ordre de Saint Dominique.

Mais il y a en a sans doute un certain malaise a propos des structures… S’il faut réviser les directoires, d’approbation provinciale pour les rendre plus adaptés, je trouve qu’il nous faut découvrir une autre dimension. Vous savez bien que beaucoup de couvents de frères et de sœurs sont devenu de plus en plus lieux de rencontre, de prière et de partage. Beaucoup de personnes y compris personnes en situation canonique difficile y trouvent accueil, prière et soutien dans leur chemin de foi, quelques fois si difficile et solitaire. Peut-on envisager cela pour nos fraternités. Je me rappelle une fraternité très simple ou quelques dames divorcées et remariés trouvent un communauté qui les accueille et où, même sans êtres formellement membres, participe a un chemin commun de vie chrétienne, d’étude et de prière.

Je pose la question : nos fraternités sont-elles de communautés ouvertes, avons-nous des activités où nous invitons d’autres personnes ? Proposons-nous des expériences de prière, de réflexion où même sommes-nous capables d’associer d’autres personnes, dominicains ou pas, dans des missions concrètes de prédication, de service, etc. Je pense que l’ouverture ne doit pas être quelque chose de théorique mais doit avoir des points concrets

Un point difficile reste la communication avec des nouvelles générations. Je pense qu’avant de penser s’il vont prendre place dans nos fraternités, un espèce de charme pour les attirer chez-nous nous pouvions apprendre a travail ensemble dans des projets communs, nous ne devons pas penser immédiatement à les attirer, mais apprendre dans des missions concrètes a partager un projet.

En ce moment au Brésil un groupe de jeunes dominicains et des laïques dominicains se sont proposés à aider les moniales dans la restructuration de leur hôtellerie. Quand on travail ensemble on apprend a se connaître et à s’estimer davantage. Saint Dominique a su agréger des compagnons, peut-être prendre part à une mission commune pourrait-être un chemin d’ouverture.

Dans sa lettre du Maître de l’Ordre nous rappelait que le laicat dominicain est très diversifié, respectant, certainement, différents grades d’appartenance à l’Ordre. En plus de savoir accueillir ses différentes formes de vocation laicale dominicaine, sans préjugés de supériorité, où de plus grande perfection dans la vocation, et de les accepter comme membres de notre famille, j’aimerais vos proposer un autre signe d’ouverture a réfléchir : la question des promesses définitives.

Le monde européen est un monde avec des valeurs nouveaux auxquels on n’était pas habitué. Pour prendre mon pauvre exemple, quand j’ai ma première profession j’avais 21 ans et pour moi, même si la loi canonique obligeait a refaire quelques ans plus tard ma profession jusqu’à la mort, j’était intérieurement convaincu de la faire pour toute la vie. Je suis né et grandis dans un monde où la stabilité dans la famille, dans le travail, dans l’endroit de demeure était une évidence. Dans très peu de temps tout a changé comme nous le savons bien. Proposer un engagement pour toute une vie à 30 ans, même a 40 ans semble difficile d’accepter, cela prend de plus en plus un temps plus long, peut-être la Règle ici, trop décalqué sur le format religieux pourrait être plus flexible, donner plus de temps, accepter une plus longue durée d’engagement successives, savoir attendre une décision même si cela traine plus de temps, rendre plus souple l’engagement dans la fraternité, accepter sans peur les turbulences de la vie chacun. Je pense qu’il y a ici, au moins en Europe un chemin de souplesse vis-à-vis l’engagement dans l’Ordre et la façon de le proposer, sans compter comme je l’ai déjà référé, tout un langage religieux qui se s’adapte plus à une vocation de laïque.

Il est temps de finir. Je pense que la vocation de laïc dans l’Église se définit avant par le respect de la diversité de formes qu’une vie dans le monde suscite, sa structure doit être souple, son adaptation a des différentes circonstances plus nécessaire. Je pense que nos fraternités seront capables de répondre a cette ouverture, non seulement pour que les vocations puissent arriver mais parce que cette ouverture fait partie de l’enjeu de cette vocation de laïques dominicains.